Ce mercredi 15 avril 2026, Didier Robert, ex-président de Région et plusieurs autres de ces co-mis en cause, doivent être jugés en appel dans l'affaire des emplois présumés fictifs à la Région. Ils avaient été relaxés en première instance. Ce lundi 13 avril, quatre d'entre eux ont été définitivement reconnues non coupables après le désistement du parquet général pour ces personnes. Leur procès doit durer trois jours. Il devrait être renvoyé à une date ultérieure en raison de la grève des avocats (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)
Ce lundi 13 avril 2026, la procureure générale, Fabienne Atzori, a annoncé se désister de son appel concernant Alfred Ablancourt, Ismaël Aboudou, Yannick Gironcel et Jean-Charles Maroudé.
Les sept autres prévenus, Didier Robert, ancien président de Région, Jean-Louis Lagourgue, ancien premier vice-président, Vincent Bègue, ancien directeur de cabinet du président et quatre autres personnes supposées avoir occupées des postes fictifs sont toujours poursuivies et devraient donc être jugées en cour d'appel sauf en cas de renvoi du dossier pour cause de grève des avocats.
Pour rappel, l'Ordre des avocats de La Réunion est en grève totale depuis le 7 avril. "Aucune audience n'a lieu", précise Me Frédéric Hoarau. Une mobilisation qui s'inscrit dans un mouvement national.
Parmi les mesures les plus contestées figure l'instauration du plaider-coupable criminel. Elle permet d'accélérer le traitement de certains dossiers criminels lorsque les faits sont reconnus. Un dispositif que les avocats estiment particulièrement préoccupant pour les victimes.
- Une enquête "oubliée" -
Didier Robert est poursuivi pour soustraction/détournement de biens d’un dépôt public et prise illégale d’intérêts entre 2015 et 2021. Il est reproché à Jean-Louis Lagourgue des faits supposés de complicité de détournement de fonds entre 2015 et 2018 et de prise illégale d’intérêts. Vincent Bègue devra s'expliquer sur des faits présulés de complicité de détournement de fonds entre 2016 et 2019.
Quatre anciens agents sont renvoyés pour recel de bien provenant d’un délit : Yves Ferrières, Sabrina Ramin, Ravy Alexandre Vellayoudom, Jean-Yoland Velleyen.
Au cœur du dossier : des embauches au cabinet du président de Région entre 2015 et 2020 et un total de 1.581 849 euros de salaires supposés indus.
Tous les prévenus avaient donc été relaxés par le tribunal correctionnel de Saint-Denis le 21 mai 2024. Le parquet avait fait appel de cette décision dès le 22 mai 2024.
L'audience en appel avait été fixée au 12 novembre 2025. Le procès avait alors tourné court. En cause, une enquête préliminaire portant sur 166 autres emplois présumés fictifs, classée sans suite en juin 2020 et sans aucune mention de ces investigations dans le dossier actuellement jugé.
L'affaire de ces 166 emplois présumés fictifs avait été révélée par Imaz Press en juin 2017.
Dans cette affaire, les noms de ces 166 personnes avaient été publiés en ligne sur une plate-forme en ligne, la même où des documents échangés par la team de campagne d'Emmanuel Macron ont été publiés après avoir été hackés.
Face à la confusion, la procureure générale avait plaidé le respect des droits de la défense et avait proposé de renvoyer l’affaire pour communiquer les pièces manquantes.
- Contestation générale de la part des mis en cause -
Pour rappel, tous les prévenus contestent les faits reprochés. "Je conteste de la manière la plus ferme", a déclaré Didier Robert lors de son premier procès. Jean-Louis Lagourgue assure avoir signé "en vertu d’une délégation", sans favoritisme, et "ne pas comprendre" sa présence dans le prétoire.
Vincent Bègue dit n’avoir commis "aucune faute" et se décrit comme une "courroie de transmission".
Les anciens collaborateurs soutiennent avoir travaillé réellement ; certains disent avoir remis des documents, d’autres déplorent des investigations "incomplètes".
A la barre du tribunal correctionnel, l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, l'OCLCIFF, avait indiqué avoir conduit des investigations "longues et minutieuses" mobilisant 14 enquêteurs entre 2015-2020, pointant un "recrutement massif" au cabinet, souvent "discrétionnaire".
La Chambre régionale des comptes avait relevé un effectif de 3,4 agents pour 1.000 habitants - un taux de plus du double de celui de l’Hexagone pour une collectivité comparable - des rémunérations "semblant excessives" et une "suspicion d’emplois de complaisance".
- Un autre procès attend Didier Robert -
Outre ce dossier d'emplois fictifs présumés, Didier Robert sera de retour devant la cour d'appel à partir du 23 avril prochain. Il est poursuivi pour des faits supposés de concussion et de prise illégale d’intérêts dans l’affaire des indemnités de logement versées lorsqu’il était président de Région.
Didier Robert a été jugé et condamné en novembre 2024 par le tribunal correctionnel de Saint-Denis. Il avait été condamné à 8 mois de prison avec sursis, 100.000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité. Il a fait appel.
L’affaire porte sur le versement d’indemnités journalières de résidence au président de Région entre 2016 et 2020. Ce dispositif prévoit une allocation de 90 euros par jour lorsque le domicile de l’élu se situe en dehors du chef-lieu.
Selon la Chambre régionale des comptes (CRC), Didier Robert ne remplissait plus cette condition dès 2016. Il ne résidait plus au Tampon, mais à La Montagne, quartier de Saint-Denis. Un signalement de la CRC en 2022 avit conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire, et ensuite à la condamnation de l'ancien président de Région.
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