1er tour des municipales : la gauche et la droite ont conforté leurs positions, le RN peine à s’installer

  • Publié le 17 mars 2026 à 06:36
écharpe tricolore de maire

Deux jours après le premier tour des élections municipales, la machine est déjà en marche pour le second tour ce dimanche 22 mars 2026. Si 14 candidat.es peuvent déjà penser à l'avenir, ayant été élu.es dès le premier tour, dix communes sont toujours dans la bataille. Un premier tour qui a conforté la place de nombreux maires déjà en place, mais qui remet aussi en question l'hégémonie d'autres candidats.

La droite comme la gauche peuvent se gausser des résultats dans certaines communes de l'île. Certaines victoires étaient plus que prévisibles, d'autres semblaient devoir patienter jusqu'au second tour. 

• Les maires sortant de gauche adoubés

Le Port, ville historiquement de gauche, ne risquait dans tous les cas pas de basculer : les deux seuls candidats déclarés étaient de gauche. 

Olivier Hoarau, maire sortant, a confirmé son statut en remportant 80,46% des suffrages exprimés, soit le plus haut score du premier tour pour les communes n'ayant que deux candidats déclarés.

Un désaveu pour son adversaire Jean-Yves Langenier, qui avait dirigé la ville portoise de 1988 à 1996 puis de 2001 à 2014, et qui n'a pas réussi à trouver la confiance de ses anciens électeurs. 

A peine son troisième mandat commencé, Olivier Hoarau doit cependant désormais attendre de nouveau faire face à la justice, qui l'a condamné en première instance à 5 ans d'inéligibilité pour recel d'abus de confiance.

Patrick Lebreton confirme de son côté, une nouvelle fois, son statut de patron de Saint-Joseph. Réélu pour la cinquième fois consécutive, il fêtera ses 25 ans à la tête de la mairie du sud le 19 mars prochain. Et c'est avec un score significatif que ce dernier garde son siège : Patrick Lebreton cumule 78% des suffrages exprimés, face à Jeannot Lebon. 

La grande surprise nous est parvenue de Saint-Denis. Si la réélection d'Ericka Bareigts faisait – très – peu de doutes, peu de personnes avaient parié sur une réélection dès le premier tour. Car avec pas moins de huit opposants dans la course, atteindre 50% des suffrages exprimés était un pari risqué. 

Et pourtant…la maire sortante a réussi à rempiler, avec 62,22% des voix exprimées en sa faveur. Une réussite qui dépasse la plupart des pronostics pré-électoraux, qui la conforte dans sa place de choix au sein de la gauche réunionnaise, et qui est de bon augure pour de futurs scrutins. 

• Les défis de la gauche 

Au-delà de ces trois candidats, l'avenir semble moins certain pour d'autres candidats. Certains ont tout de même réussi à tirer leur épingle du jeu, notamment Emmanuel Séraphin qui caracole devant avec 47,16% des voix exprimées au premier tour à Saint-Paul.

S'il semblait peu probable que le maire sortant n'arrive pas en tête, il fait un score plus élevé que ce que l'on aurait pu prédire. La difficulté d'une réserve de voix plutôt mince va cependant se poser pour ce dernier, qui a par ailleurs bénéficié de l'éclatement de la droite lors du premier tour. 

Didier Robert semble en tout cas bien parti pour remporter son pari...Si un score de 11,17%, pour un ancien président de Région et ancien maire, est un score qui a de quoi faire sourire, sa stratégie pour ralentir Cyrille Melchior, elle, semble fonctionner à la perfection. Le président du Département cumule 34,17%, et souffre donc des voix qui ont été données à son adversaire de droite. La question d'une fusion des listes n'a pas l'air d'être à l'ordre du jour, et même si c'était le cas, les électeurs de Didier Robert seront-ils prêts à se déporter sur Cyrille Melchior ? Et vice-versa. 

Sainte-Suzanne ne risque pas de basculer à droite : quatre des cinq candidats ayant obtenu plus de 10% des voix sont tous de gauche. Quelle gauche va l'emporter ? Rien n'est moins sûr. 

La guerre fratricide entre Frédéric Maillot et Alexandre Lai-Kane-Cheong est toujours bien vivante, des années après leur séparation politique. Le député candidat est en tête du second tour (24,77%) et bénéficie du soutien de Maurice Gironcel, qui ne s'est pas présenté à sa succession suite à sa condamnation pour inéligibilité, mais son avance reste mesurée face à son opposant principal. 

La question de la fusion de liste est entière, et pourrait peser grandement sur le résultat final du scrutin. Une défaite pour Frédéric Maillot le mettrait possiblement en difficulté lors des prochaines élections législatives, s'il venait à se représenter.

Du côté du Tampon, Alexis Chaussalet, jeune poulain de la Région, ne s'en sort pas si mal pour une commune historiquement de droite, étant arrivé en seconde position derrière Patrice Thien Ah Koon (40,92% au premier tour).

En cent ans d'existence, la commune du sud n'a jamais connu de maire de gauche, le pari est difficile et la marche probablement trop haute pour le candidat qui se présente face au fils du maire historique André Thien Ah Koon. Mais avec 28,95% des votes, Alexis Chaussalet a réussi à s'imposer devant l'ancienne députée Nathalie Bassire (22,35%), comme il l'avait déjà fait en 2024 lors des législatives partielles.

A Saint-André, Joé Bédier est en légère difficulté mais réussit à se maintenir en tête des voix pour le premier tour de ces élections, avec 30,02%. Un score tout de même plutôt bas pour un maire sortant, alors que ses deux opposants principaux cumulent 21,71% et 20,80% des suffrages exprimés. 

Reste à savoir si Laurent et Jean-Marie Virapoullé vont enterrer la hache de guerre et fusionner leur liste, ce qui mettrait en grande difficulté Joé Bédier, qui ne bénéficiera peut-être pas du retrait d'Eric Fruteau au second tour, comme cela avait été le cas en 2020. 

Enfin, à Sainte-Marie, Céline Sitouze a elle aussi bénéficié de l'éclatement de la droite. Entre les candidatures de Richard Nirlo, maire sortant, et Jean-Louis Lagourgue, ancien maire, la candidate de la majorité régionale s'est démarquée en cumulant 33,38% des suffrages exprimées. 

Ses deux principaux opposants ont respectivement cumulé 25% et 25,64% des voix, et une union des listes pour le second tour serait particulièrement surprenante aux vues de l'atmosphère qui a régné sur Sainte-Marie tout au long de la campagne du premier tour. Laissant un avantage indéniable à Céline Sitouze pour la victoire.

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• La droite toujours bien ancrée 

La droite n'est pas en reste pour ce premier tour des élections, bien au contraire. Serge Hoareau à Petite-Île, Sidoleine Papaya à Salazie, Eric Ferrère aux Avirons, Mathieu Hoarau à L'Etang-Salé, Juliana M'Doihoma à Saint-Louis, Olivier Rivière à Saint-Philippe, Jeannick Atchapa à Bras-Panon, Camille Clain à L'Entre-Deux, Michel Vergoz à Sainte-Rose…tous et toutes ont été (ré)élu.es au premier tour. 

Juliana M'Doihoma n'était pas forcément pressentie pour rempiler dès le premier tour à Saint-Louis. Et pourtant, celle qui avait remporté la mairie en 2020 à l'issue d'une triangulaire face à l'ancien maire Cyrille Hamilcaro et Claude-Henri Hoarau a prouvé ce dimanche pouvoir garder son siège, et ce, sans problème. 

Sidoleine Papaya avait comme défi de se faire élire pour la première fois en son propre nom à Salazie après le départ de Stéphane Fouassin pour le Sénat. Un pari qu'elle a réussi haut la main, démontrant qu'elle a réussi, en un peu plus de deux ans, à convaincre la population du cirque. Et de loin, la maire sortante ayant remporté 66,79% des suffrages exprimés. 

A l'Entre-Deux, Camille Clain a réalisé l'exploit de déloger Bachil Valy – lui au-dessus à droite de l'échiquier politique - de son siège de maire, qu'il occupait depuis 2001. 

A Sainte-Rose, Michel Vergoz, dont on ne sait plus vraiment s'il est de droite, de gauche ou du centre, tient en tout cas toujours sa commune. Avec 58,27% des suffrages exprimés, il conserve son siège de maire dès le premier tour, pour la cinquième fois (non-consécutive). Même son de cloche à Bras-Panon, où Jeannick Atchapa conserve facilement son siège avec 69,15% des suffrages. 

Si Patrice Selly est présent au sein de la plateforme de la gauche réunionnaise, il est difficile de l'y placer réellement sur l'échiquier. De droite ou de gauche, ce dernier a en tout cas créé la surprise en gardant sa mairie de Saint-Benoît dès le premier tour avec 65,20% des voix exprimées. 

La commune de l'est était une petite interrogation au sein des pronostics des municipales. Si sa réélection se présentait plutôt bien, un aussi bon score dès le premier tour n'était pas dans l'esprit de tous. Mais, surtout, Patrice Selly a battu à plate couture son plus farouche adversaire : Jean-Hugues Ratenon. 

Jean-Hugues Ratenon qui s'est désormais mis en grande difficulté s'il souhaite se présenter à sa propre succession lors des prochaines élections législatives. 

• Des ballotages favorables

David Lorion, lui, s'est confortablement installé en tête du premier tour à Saint-Pierre avec 44,33% des suffrages exprimés. Un résultat plutôt inattendu pour celui qui a remplacé Michel Fontaine après son décès l'année dernière. 

Les rumeurs disaient que le combat face à son opposante de gauche, la députée Emeline K/Bidi, serait ardu. Mais il semble avoir réussi à conquérir la confiance des Saint-Pierrois. Elle termine le premier tour avec un score plutôt décevant de 21,75%. Des négociations dures sont certainement en cours entre cette dernière et Jean Gaël Anda (19,58%), mais celles-ci semblent plutôt mal parties, et la victoire semble bien se présenter pour David Lorion. 

Enfin, derrière le cirque de ces derniers mois, Thierry Robert est bien parti pour retrouver son siège de Saint-Leu. Derrière les gesticulations et les excès, celui qui a été maire de la ville entre 2008 et 2017 a réussi à faire oublier ses condamnations et reconquis ses électeurs, à force de labourer le terrain ces dernières années. 

Avec 44,04% des suffrages exprimés, il se place loin devant le maire sortant Bruno Domen (22,43%) et Karim Juhoor (16,54%). Avec la conviction qu'il retrouvera sa mairie tout prochainement. 

• Le RN en embuscade

Si le Rassemblement national n'a pas fait les scores escomptés, il s'impose un peu plus dans le paysage politique local.

A la Plaine-des-Palmistes, Johnny Payet a été réélu facilement, avec 58,99% des suffrages exprimés face à ses trois opposants. Il améliore son score par rapport à 2020, où il avait dû aller jusqu'au second tour pour être élu. 

A Saint-André, Laurent Virapoullé se place à la seconde place du premier tour. Un – très – bon score pour ce dernier, qui se présente face à son propre frère, arrivé troisième. Difficile de dire cependant si c'est la fidélité au clan Virapoullé, ou l'adhésion aux idées du RN, qui l'ont propulsé de la sorte. 

Dans le reste des communes, les quelques candidats RN n'ont pas brillé : 2,06% pour Jonathan Rivière à Saint-Pierre et 4,74% pour Valérie Legros à Sainte-Marie – pourtant tous les deux arrivés au deuxième tour des législatives anticipées -, 5,95% pour Jean-Yves Morel à Saint-Paul, 6,76% pour Jean-Max Nativel à Saint-Denis, 6,93% pour Harold Fontaine à Petite-Île, 6,36 pour Sabrina Ramin à Saint-Benoît…

Mention spéciale pour Gaëlle Lebon, qui réfute être d'extrême-droite malgré ses candidatures sous les couleurs RN puis Reconquête – des partis d'extrême-droite, donc. Elle est arrivée seconde à Saint-Denis avec 10,55% des voix exprimées. Très loin derrière Ericka Bareigts, mais avant des candidats soutenus par des partis historiques

Des scores – très – bas, mais qui leur permettent de s'installer doucement dans les conseils municipaux et communautaires. 

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