Taxe sur les alcools forts : le gouvernement dépose un amendement étendant la hausse à l'ensemble des Outre-mer

  • Publié le 12 janvier 2026 à 07:34
alcool

Le gouvernement ouvrirait-il la voie à une nouvelle surtaxation du rhum ? C'est en tout cas ce qu'annonce le sénateur et ancien ministre des Outre-mer, Victorin Lurel. L'exécutif a déposé un amendement étendant la hausse des taxes sur le rhum à tous les départements d’Outre-mer, dont La Réunion. Et ce, alors que la commission des finances a retoqué l'amendement Fouassin pour une taxe sur les alcools forts (Photo : rb/www.imazpress.com)

"Aujourd’hui, alors même que j’avais reçu des assurances du cabinet du ministère des outre-mer que ce dispositif resterait en l’état, je découvre que le Gouvernement se dédit et m’a menti : il a déposé un amendement étendant la hausse des taxes sur le rhum à tous les départements d’outre-mer !", dénonce le sénateur dans un communiqué.

Le gouvernement qui "il y a à peine un mois, avait approuvé une clause de sauvegarde pour les rhumiers antillais".

Le sénateur demande "à mes collègues députés de repousser en bloc cet amendement qui met gravement en péril tout notre écosystème d’agrotransformation canne-sucre-rhum, de notre savoir-faire et de notre culture".

- Une possible surtaxe pour l'alcool à La Réunion -

"Si par malheur le dispositif était adopté, cela reviendrait à permettre aux départements d’appliquer – sous prétexte de lutte contre le fléau de l'alcoolisme – une nouvelle surtaxe de plusieurs centaines d’euros par hectolitres d’alcool", dit le sénateur.

"Selon les socioprofessionnels consultés en urgence, le gouvernement empire ainsi le dispositif déjà dangereux voté au Sénat en déplafonnant cette taxe optionnelle et en ne ciblant plus que les alcools locaux."

Pour la Région Réunion, cette majoration des droits d’accises (taxes indirectes sur la vente ou l'utilisation de certains produits) représenterait selon la présidente Huguette Bello : "une hausse de plus de 1.200% par rapport à la fiscalité actuellement appliquée, soit une surtaxe potentielle de près de 8 euros par bouteille d'un litre".

"En renchérissant ce que nous produisons localement tout en favorisant des produits importés, elle irait à rebours des objectifs de valorisation des filières locales, de relocalisation de la valeur et de renforcement de notre économie, et conduirait mécaniquement à un report de la consommation vers des alcools importés", pestent les organisations économiques de La Réunion.

"La filière du rhum de La Réunion est exclusivement composée de TPE et de PME, qui ne disposent pas de la capacité financière pour absorber un choc fiscal d’une telle ampleur sans mettre en péril les outils de production et les emplois associés."

- L'amendement Fouassin retoqué par la commission des finances -

Le jeudi 8 janvier 2026, la commission des finances a donné un avis favorable à la demande de suppression de l'amendement de Stéphane Fouassin visant à instaurer une nouvelle taxe sur les alcools forts produits à La Réunion.

La demande de rejet a été déposée par un député socialiste de l'Eure, à demande de la présidente de Région, Huguette Bello. "Je l'ai déposé après avoir eu des contacts avec les élus de La Réunion, le conseil régional, la présidente Huguette Bello qui s'offusque de cette disposition adoptée par le Sénat et qui vise à augmenter de 8 euros le prix de la bouteille de rhum à La Réunion au simple motif qu'il faille renflouer les finances du Département, tenu par une majorité proche de la majorité sénatoriale." Écoutez.

Le Département "condamne l’amendement adopté en Commission des finances. "À La Réunion, les acteurs associatifs, notamment ceux qui sont engagés dans la prévention et la lutte contre l’alcoolisme soutiennent très majoritairement la majoration de la taxation des alcools forts. C’est notamment le cas de la Fédération Régionale d’Addictologie de La Réunion (FRAR), présidée par le Dr David Mété, qui alerte depuis de nombreuses années sur les conséquences sanitaires et sociales d’une consommation excessive d’alcools forts, favorisée par des prix parmi les plus bas de France", précise la collectivité.

Le Département de La Réunion assume son soutien à l’amendement, qu’il présente comme un levier de santé publique et appelle les députés réunionnais à la "responsabilité" et à ne pas "barrer la route" à cet amendement. 

Dans un courrier publié ce vendredi soir, le Medef Réunion, l’ADIR, le CPME Réunion et le Syndicat du sucre viennent apporter leur soutien à la filière. 

La décision finale sur cet amendement sera prise prochainement dans l'Hémicycle.

Lire aussi - Taxes sur les alcools forts : derrière la polémique, un véritable fléau à combattre

- 250 décès directs et 450 indirects à cause de l'alcool chaque année à La Réunion -

Ce débat intervient alors que l'alcoolisme à La Réunion tue en moyenne 250 personnes chaque année. "On estime à 250 le nombre de décès par an liés directement à l’alcool (cause directe) et plus de 450 décès au moins en partie imputables à l’alcool", indiquait l'Agence régionale de santé (ARS) en juin dernier. 

Si le département est derrière l'Hexagone en termes de consommation quotidienne d'alcool, 10 % des buveurs consomment 69 % des quantités d’alcool bues à La Réunion. Les gros buveurs peuvent consommer jusqu'à 16 verres par jour, soit trois litres d'alcool fort. Soit une moyenne de 112 verres par semaine.

D'après une enquête d'Alcoolisation Chronique Massive à La Réunion (ACMA974), l'alcool le plus consommé reste par ailleurs le rhum et ses dérivés pour 47% des personnes.

• Pour les personnes ayant une forte dépendance à l’alcool, il est conseillé d’en parler à son médecin et d’aller consulter des professionnels spécialisés en addictologie : CSAPA (centre de soins ambulatoires en addictologie) ou services d’addictologie des établissements de santé. 

La direction d'Addictions France Réunion accueille les personnes sur son centre de prévention et de formation sur les addictions, ainsi que sur ses centres de soins en addictologie repartis sur l’ensemble de l’île. Toute personne peut se faire accompagner de manière anonyme et totalement gratuite. Renseignements à la direction d’Addictions France au : 02 62 30 22 93 ou sur le site de l’association nationale : https://addictions-france.org/

Pour faire le point sur sa consommation d’alcool, s’informer ou être aidé, RDV sur le site "Alcool-info-service".

Lire aussi - Alcool :  la consommation diminue chez les jeunes, mais "les efforts doivent continuer"

www.imazpress.com/[email protected]

guest
1 Commentaires
Dauphine
Dauphine
1 heure

A ciblé uniquement la reunion ne fonctionne pas, ben maintenant ils met tout les outremer et après ce sera tte l'hexagone. Et après? L'appat du gain, renflouer les caisses il faut bien trouver un lever. Pourtant aucune référence lors du vote n'a fait référence au violence et degats de l'alcool.
Preuve que l'excuse de la lutter contre les violences, la dependance n'est pas la priorité et ce n'est pas vise l'alcool fort qui va diminuer la consommation. Les bieres, le vin ne sont pas moin nocifs. Excuse non valable.