À La Réunion comme dans l'Hexagone, l'histoire dramatique de Lyhanna résonne avec un écho terrifiant. Dans l'île, en 2024, près de 1.000 enfants ont été victimes d'atteintes sexuelles, dont 382 dans un cadre intrafamilial. 158 viols ont été recensés, une hausse de 23%, selon la gendarmerie. Les associations demandent un vrai plan de protection de l'enfance et une mobilisation de l'État pour "arrêter de faire mourir nos enfants" (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
"Derrière Lyhanna, ce sont nos enfants réunionnais, 6.000 enfants victimes de violences de toute sorte chaque année", dénonce Audrey Coridon, représentante du Collectif Stop Vif Protégeons nos enfants. Écoutez.
- Après la mort de Lyhanna, la parole des enfants doit être entendue -
Les associations demandent que la parole des enfants soit prise en compte, qu'elle soit écoutée et entendue. Écoutez.
Dans une affaire - encore en cours d'investigations à La Réunion -, plusieurs enfants auraient été victimes d'agressions sexuelles et de viols. À Imaz Press, un parent d'une des petites victimes âgées de 3 ans confie : "il y a une omerta sur ces affaires. On a l'impression de se battre dans le vide".
"Les petites victimes ont du mal à se livrer aux forces de l'ordre, et donc forcément on pense qu'elles mentent, même si plusieurs témoignages vont dans le même sens", dit-il.
"Combien y-a-t'il encore d'affaires similaires où les victimes ne sont pas entendues", se demande Audrey Coridon, "tandis que l'auteur présumé se balade tranquillement dans nos rues".
Pour Maître Brigitte Hoarau, avocate au Barreau de Saint-Pierre, "la parole des victimes ne peut plus être ignorée".
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- Un système "défaillant" et en "manque de moyens -
Les associations pointent du doigt la défaillance du système et le manque de moyens, mais demandent surtout un "vrai plan de protection de l'enfance". "Aujourd'hui j'ai de la colère contre des gens comme Darmanin, comme Macron qui nous prennent pour des cons", lance Nicolas Puluhen, président de l'association Mon P'tit Loup et victime de violences sexuelles incestueuse durant son enfance. Écoutez.
"Il faut se remettre en question sur la procédure elle-même. Comment se fait-il qu'il n'y ait pas de lever de doute", réclame Audrey Coridon.
Au-delà de la procédure, les associations dénoncent l'impunité donnée aux violeurs et agresseurs présumés. "Nous ne comprenons pas les décisions de justice prises pour des affaires de viols ou d'agressions. Les auteurs prennent quelques mois avec sursis ou sortent sur bonne conduite et ensuite retournent vivre près de leurs victimes", s'indigne la représentante du Collectif Stop Vif Protégeons nos enfants.
Mais pour cela "il faut des moyens" sauf que "ces personnes qui dirigent sont à côté de la plaque". Écoutez.
Des moyens, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, n'en donne que très peu. Si le budget de la justice a augmenté ces dernières années, il ne comble pas selon le président de la CNPR, Frédéric Chevallier, un retard structurel : la France compte trois procureurs pour 100.000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe.
Le magistrat relève par ailleurs que la justice ne représente que cinq euros sur 1.000 du budget de l'État, et que plus de la moitié du budget du ministère part vers les prisons.
Gérald Darmanin ose même ordonner aux procureurs réexamen de 70.000 plaintes... avec les mêmes "faibles" moyens.
"L'État doit faire un plan concret et arrêter de s'excuser", dit Audrey Coridon.
- La protection de l'enfance, un système sous pression à La Réunion -
Des moyens, il en manque également du côté des services Département de la protection de l'enfance. "Saturation des services, manque de moyens humains, insuffisante coordination entre les acteurs, traitement parfois tardif des signalements et difficultés de suivi des situations les plus complexes", dénonce l'Union des femmes réunionnaises.
Au-delà des violences, c’est l’ensemble du système de protection qui est sous tension. En 2025, 8.046 informations préoccupantes ont été reçues par la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) du Département, confirmant une hausse continue ces dernières années. Près de 3.671 enfants sont aujourd’hui accompagnés ou placés au titre de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
La charge de travail ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années, sans que les effectifs ne progressent au même rythme. Résultat : les équipes travaillent souvent dans l’urgence. "Le temps manque pour accompagner correctement les parents et les enfants. On est constamment dans la gestion de crises", a indiqué à Imaz Press Samuel*, éducation spécialisé.
"Chaque année c'est exponentiel", dit Anne-Lauret Sizaret, intervenante sociale en gendarmerie sur l'est dans le cadre des violences intrafamiliales. Elle le dit, "on ne peut pas pointer du doigt les services. Aujourd'hui on a des forces de l'ordre formées, des juges également mais les procédures explosent et les moyens humains restent les mêmes". Écoutez.
À La Réunion, la protection de l'enfance demeure un enjeu majeur.
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- Pas la faute au ministère, selon Gérald Darmanin -
En direct ce lundi, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a laissé sous-entendre que dans le cas "précis" de l'affaire Lyhanna, "ce n'est pas une question de moyens qui a empêché de ne pas prendre de décisions".
Au contraire, il a invoqué "une défaillance qui ne tenait pas aux instructions données par le ministère". En soi, ce n'est presque pas la faute du ministère et de l'État, le drame arrivé à la jeune enfant de 11 ans.
MEURTRE DE LYHANNA : Le ministre de la Justice Gérald Darmanin écarte l'idée de démissionner, pointant "une défaillance qui ne tenait pas (à ses) instructions".pic.twitter.com/9uIespThNf
— Infos Françaises (@InfosFrancaises) June 8, 2026
Alors que le garde des Sceaux affirme que le ministère de la Justice est "particulier" en rappelant l'indépendance des magistrats, le ministre appelle la Chancellerie "à assumer les défaillances, les fautes quand il y en a".
L'Union syndicale des magistrats (USM) déplore le "choix politique de communication" du ministre, ayant "d’ores et déjà désigné des responsables et annoncé des sanctions disciplinaires" alors que "l'inspection générale de la Justice n’a pas encore commencé ses investigations".
"Nous affirmons haut et fort qu’il est inadmissible que certains de nos collègues soient désignés responsables et soumis à la vindicte et aux menaces, avant même le début de l’enquête confiée à l’IGJ. Si des fautes personnelles existent, l’inspection les révèlera (...) Mais votre responsabilité politique reste entière. Il est de notre devoir et de notre responsabilité de vous le rappeler", tranchent-ils.
- Des milliers de jeunes victimes d'atteintes sexuelles à La Réunion -
En 2024, 995 enfants ont été victimes d'atteintes sexuelles en 2024, dont 382 dans un cadre intrafamilial, et 158 viols ont été recensés, en hausse de 23%, selon la gendarmerie.
La même année, 158 viols sur mineurs ont été recensés, en augmentation de 23 % par rapport à l’année précédente.
1.000 affaires sont actuellement en cours d'investigation.
En novembre 2025, un agent (non-éducatif) de l'école primaire Sainte-Marguerite, à Saint-Benoît, a été visé par 11 plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs. L'enquête est toujours en cours. Le mis en cause a été entendu par les services de la gendarmerie.
En 2018, un ancien professeur d'anglais au collège Jules Reydellet à Saint-Denis était passé devant le tribunal correctionnel pour des faits d'atteinte sexuelle sur une de ses élèves de 14 ans. L'enseignant parlait d'une "relation amoureuse consentie". La justice n'avait pas été du même avis, l'ancien professeur étant condamné à six mois de prison avec sursis et une interdiction d'exercer une activité en lien avec des mineurs.
En France, 1 enfant sur 10 subit chaque année des violences sexuelles et près de 50 % des agresseurs sont des membres de la famille. De plus, 25 % des violences sont commises par une personne d’autorité (enseignant, entraîneur, etc.)
En cas d'urgence, le seul numéro à composer est celui de Police Secours.
Le 112, numéro d'urgence européen
Le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques
Vous pouvez signaler des faits de violences , directement auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche sur le www.servicepublic.fr/cmi Anonyme et gratuit, ce tchat est accessible 24h/24 et 7j/7 pour échanger avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles.
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

l'État doit "arrêter de faire mourir nos enfants"
l'État doit "arrêter de laisser mourir nos enfants" serait plus approprié !