Projet de budget 2026 : maintien de la taxation sur les alcools forts et de la Lodeom, doublement des agents des douanes

  • PubliĂ© le 23 janvier 2026 Ă  07:10
  • ActualisĂ© le 23 janvier 2026 Ă  07:24
NaĂŻma Moutchou

Ce jeudi 22 janvier 2026, Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, a adressé un courrier aux élus ultramarins alors que le Premier ministre a décidé d’engager la responsabilité du gouvernement pour faire adopter le projet de loi de finances pour l’année 2026. Pour La Réunion, la ministre annonce le maintien dans le projet de l'amendement Fouassin sur la taxation des alcools forts et le doublement des agents de douanes à La Réunion face à "l’augmentation massive du trafic de stupéfiants". Elle annonce aussi le rétablissement des crédits pour les exonérations de charges sociales (Lodeom) pour tous les territoires ultramarins concernés par cette réglementation (Photo : rb/www.imazpress.com)

Naïma Moutchou débute son courrier en écrivant : "les Outre-mer sont une priorité pour l’ensemble du gouvernement. Leurs spécificités, leurs défis économiques et sociaux, mais aussi leurs atouts exceptionnels, exigent une action publique ambitieuse et résolue".

1,5 milliard d’euros supplémentaires seront consacrés aux territoires ultramarins dans le budget de l’État et dans celui de la Sécurité sociale en 2026.

- L'État rétablit les crédits pour les exonérations de charges sociales  -

La minsitre affirme notamment que dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, le gouvernement a intégré plusieurs mesures, "qui répondent aux préoccupations exprimées par les élus ultramarins". Elle annonce ensuite le rétablissement de "l'intégralité des crédits pour les exonérations de charges sociales (LODEOM").

Cela répond dit-elle aux élus "à vos interpellations légitimes sur l’effort disproportionné initialement demandé, afin de soutenir l’emploi, la compétitivité et les entreprises ultramarines et tenir compte des difficultés liées à l’insularité".

Pour rappel, l'Assemblée nationale avait déjà voté le vendredi 7 novembre 2025 en faveur de la suppression du coup de rabot prévu sur le dispositif LODEOM (Loi pour l'Ouverture et le Développement Économique de l'Outre-Mer) dans le projet de loi de finances 2026. 

À La Réunion, ce dispositif jugé vital pour la compétitivité des entreprises et la sauvegarde de l’emploi dans l’île concerne directement près de 30.000 entreprises et 120.000 emplois.

"Venir toucher aux outils qui permettent de créer de la compétitivité, de l'emploi, garantir la formation de nos jeunes sur un territoire avec 17,5% de chômage, c'est une aberration", avait dénoncé Pierrick Robert, président de la CCIR.

- L'amendement Fouassin conservé par le gouvernement -

Spécifiquement pour La Réunion, Naïma Moutchou, souligne que "la majoration de l’accise (taxation - ndlr) sur les alcools forts à La Réunion est conservée dans la copie finale" du gouvernement.

Pourtant, le jeudi 8 janvier 2026, la commission des finances avait donné un avis favorable à la demande de suppression de l'amendement de Stéphane Fouassin visant à instaurer une nouvelle taxe sur les alcools forts produits à La Réunion.

La demande de rejet avait été déposée par un député socialiste de l'Eure, à demande de la présidente de Région, Huguette Bello. "Je l'ai déposé après avoir eu des contacts avec les élus de La Réunion, le conseil régional, la présidente Huguette Bello qui s'offusque de cette disposition adoptée par le Sénat et qui vise à augmenter de 8 euros le prix de la bouteille de rhum à La Réunion au simple motif qu'il faille renflouer les finances du Département, tenu par une majorité proche de la majorité sénatoriale."

"En renchérissant ce que nous produisons localement tout en favorisant des produits importés, elle irait à rebours des objectifs de valorisation des filières locales, de relocalisation de la valeur et de renforcement de notre économie, et conduirait mécaniquement à un report de la consommation vers des alcools importés", pestent les organisations économiques de La Réunion.

Le Département de La Réunion assume son soutien à l’amendement, qu’il présente comme un levier de santé publique et appelle les députés réunionnais à la "responsabilité" et à ne pas "barrer la route" à cet amendement. 

Lire aussi - Taxes sur les alcools forts : derrière la polémique, un véritable fléau à combattre

- Le nombre d'agents de douanes doublés à La Réunion -

Dans son courrier, la ministre des Outre-mer précise que "face à l’augmentation massive du trafic de stupéfiants à La Réunion, le gouvernement a retenu un amendement visant à doubler le nombre d’agents de la douane, notamment à l’aéroport de La Réunion Roland Garros, pour endiguer ces trafics".

Depuis le début de l'année, sept mules ont été appréhendées à La Réunion. Au total 11 kilos de cathinone, près de 4 kilos de cocaïne et 5 kilos de résine de cannabis ont été saisis.

52 mules ont été arrêtées en un an contre 25 en 2024 pour près de 500.000 euros en argent liquide (contre 50.788 en 2024), soit "10 fois plus que l'année dernière", confirme la préfecture.

Des chiffres en augmentation et pourtant, pas de "tsunami blanc" pour les autorités. Le jeudi 2 octobre 2025, le directeur de cabinet du préfet, Vincent Bernard-Lafoucrière a déclaré : "on voit aujourd'hui qu'il n'y a pas de vague blanche". Il avait toutefois souligné qu'il y a une "hausse de la circulation des drogues".

- Lutter contre le diabète à La Réunion -

Dans les mesures du gouvernement, une enveloppe supplémentaire de 100 millions d’euros pour le financement d’actions médicales en Outre-mer, "afin de lutter contre les inégalités de santé persistantes", écrit la ministre.

"Je pense notamment à la prévalence plus forte du diabète singulièrement à La Réunion et aux Antilles, à l’hypertension artérielle, à la pollution au mercure en Guyane liée à l’orpaillage illégal, ou encore à la propagation du Ice (méthamphétamine fumable) en Polynésie française."

La Réunion se situe parmi les régions présentant l’une des prévalences de diabète déclaré les plus élevées (12,6 %), un taux supérieur à celui observé au niveau national (7,1 %).

Ces moyens, "en progression de plus de 40 %, permettront à l’État d’intensifier fortement la lutte contre la désertification médicale, d’améliorer la prévention, de renforcer la prise en charge des maladies prévalentes et de développer des expérimentations adaptées aux réalités de chaque territoire", dit-elle.

Ces mesures sont entrées en vigueur dès le 1er janvier 2026 et seront pleinement déployées tout au long de l’année 2026.

- Les abattements fiscaux des TPE/PME retenu -

Pour "accompagner les zones franches d’activité nouvelle génération (ZFANG) à destination des TPE/PME réunionnaises faisant face à des difficultés en raison du cyclone Garance, la copie du gouvernement retient l’amendement parlementaire réhaussant l’ensemble de leurs abattements fiscaux", précise la ministre. 

- Un milliard d’euros de moyens supplémentaires pour les Outre-mer -

Concernant le projet de loi de finances pour 2026, le gouvernement "a proposé ou soutenu des initiatives parlementaires, afin d’améliorer une copie initiale qui faisait porter un effort disproportionné sur les territoires ultramarins. Au total, entre le projet initial et la copie finale du budget, les Outre-mer bénéficieront d’un milliard d’euros de moyens supplémentaires", écrit Naïma Moutchou.

Ainsi, si ce budget est adopté, il consacrera une augmentation de +643 millions d’euros en engagements (+22 %) et de +450 millions d’euros en paiements (+16 %) pour la seule mission 4 Outre-mer 5.

Ces crédits viennent s’ajouter aux plus de 19 milliards d’euros au bénéfice des Outre-mer prévus par ce budget.

Les moyens de LADOM sont augmentés, dans le texte final, de 10 millions d’euros pour l'ensemble des Outre-mer, "finançant ainsi la mobilité et la continuité territoriale".

Aussi, "le gouvernement a inscrit, dans le texte final, comme priorité l’accompagnement des territoires et du tissu économique ultramarins à faire face aux catastrophes naturelles via une augmentation de 5 millions d’euros des crédits du fonds de secours outre-mer (FSOM).

Par ailleurs, le crédit d’impôt pour les investissements productifs réalisés dans les départements d’outre-mer instauré lors de la crise du covid-19 est prolongé jusqu’au 31 décembre 2026, "notamment pour permettre à la société Corsair de bénéficier de cette mesure, au regard des impératifs de maintien de l’emploi et de la desserte des territoires ultra-marins", précise la ministre.

Le gouvernement a également retenu l’amendement abaissant à 0 % la TVA applicable aux opérations de transports aériens et maritimes de voyageurs et de marchandises effectués entre les collectivités d’outre-mer ainsi qu’à l’intérieur de ces collectivités.

"Les amendements parlementaires visant à reporter la date de signature des contrats de ville en outre-mer pour bénéficier de l'abattement de TFPB est maintenu dans la copie du Gouvernement", poursuit la ministre.

Enfin, le gouvernement "a souhaité reprendre des amendements abondant d’un million d’euros supplémentaire les OPMR (Observatoire des prix des marges et des revenus).

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1 Commentaires
Josimé
Josimé
1 heure

"rétablit"... vraiment ?