Ce mardi 13 janvier 2026, l'amendement déposé par plusieurs élus de La Réunion - Karine Lebon, Jean-Hugues Ratenon, Emeline K/Bidi, Perceval Gaillard, et Frédéric Maillot - créant un fonds spécifique où serait versé le produit de la surtaxe sur les alcools forts, a été déclaré irrecevable au titre de l’article 40 de la Constitution. Cet article interdit aux parlementaires de proposer des mesures ayant une incidence financière (Photo : rb/www.imazpress.com)
L'article 40 de la Constitution dispose que "les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l'aggravation d'une charge publique".
Interrogée, la députée Karine Lebon indique : "la décision de l’article 40 a été évoquée mais peut encore être changée". Elle précise "ça arrive parfois quand il y a de nombreux amendements comme pour le PLF. Une lecture un peu trop rapide peut entraîner une mauvaise compréhension de l’amendement. Quand on explique les choses, la décision peut changer".
L'amendement déposé par les députés proposait la création d’un fond spécifique où serait versé le produit de la taxe, qui serait réservé uniquement à la lutte contre l’alcoolisme - placé sous l’autorité de l’ARS de La Réunion - et le lancement d’une étude d'impact afin de s’assurer que les transferts ne se font pas des alcools fort locaux aux alcools forts extérieurs.
- Le Département dénonce un amendement "de l'hypocrisie" -
Dans un communiqué publié ce lundi, Cyrille Melchior, président du Département, dénonçait un amendement "de l'hypocrisie".
Le Département "ne peut que constater avec une grave inquiétude le dépôt d’un amendement co-signé par plusieurs députés réunionnais du groupe GDR/LFI. Cet amendement de l’hypocrisie illustre une posture de duplicité préoccupante", écrit-il.
"D’un côté, il reconnaît explicitement le principe même de la majoration de la fiscalité sur les alcools forts, sans reprendre les arguments alarmistes précédemment avancés sur de supposés "dégâts économiques terribles". De l’autre, il introduit des conditions irréalistes qui, sous couvert de technicité, aboutissent à neutraliser concrètement toute action efficace", estime Cyrille Melchior.
Le Département "rappelle fermement le cadre juridique existant", rappelant qu'il est "pleinement compétent pour "mettre en œuvre toute aide ou action relative à la prévention ou à la prise en charge des situations de fragilité, au développement social, à l’accueil des jeunes enfants et à l’autonomie des personnes".
"Prétendre aujourd’hui que le Département ne serait pas légitime pour piloter un outil de prévention et de lutte contre l’alcoolisme relève d’une contradiction manifeste, voire d’une stratégie assumée d’affaiblissement de l’action publique locale", dénonce-t-il.
- Aux Antilles : "une victoire pour la filière d’agro-transformation de la canne et du sucre "-
Pour la Guadeloupe, le sénateur Victorin Lurel déclare dans un communiqué : "Face à la fronde que j’ai menée depuis 2 jours contre son projet de surtaxer les producteurs de rhum, le Gouvernement a finalement reculé et retiré son amendement avant même qu’il ne soit discuté à l’Assemblée nationale. C’est là une vraie victoire pour toute notre filière d’agro-transformation canne-sucre-rhum ! Cet heureux rebondissement ne m’empêchera toutefois pas de rester attentif car plusieurs risques demeurent."
Il ajoute : "Alors que les débats s’ouvrent aujourd’hui à l’Assemblée nationale, je forme donc le vœu que la clause de sauvegarde que j’ai faite adopter au Sénat en faveur des producteurs antillais soit maintenue voire qu’une suppression totale de cet article soit votée."
- Vers une nouvelle taxe sur le rhum -
Cet amendement devait venir s'ajouter à l'amendement étendant la hausse des taxes sur le rhum à tous les départements d’Outre-mer, dont La Réunion, déposé par le gouvernement, mais qui, selon nos confrères de Zinfos974, aurait été retiré.
Reste pour l'heure l'amendement de Philippe Naillet, déposé le 9 janvier 2026. Il y est écrit : "il est nécessaire que la majoration puisse être étalée sur plusieurs années, comme pour la cotisation de sécurité sociale, afin de préserver les équilibres économiques locaux. Le présent amendement constitue une position d’équilibre car il prévoit que la majoration sera limitée annuellement à 200 euros par hlap soit, compte tenu de la majoration maximale potentielle de 1.600 euros environ, une majoration étalée sur 8 ans. Ainsi, pour une bouteille de 70 cl à 49° moyenne, le rattrapage sera fractionné et représentera 1 euro par an".
Pour la Région Réunion, cette majoration des droits d’accises (taxes indirectes sur la vente ou l'utilisation de certains produits) représenterait selon la présidente Huguette Bello : "une hausse de plus de 1.200% par rapport à la fiscalité actuellement appliquée, soit une surtaxe potentielle de près de 8 euros par bouteille d'un litre".
"En renchérissant ce que nous produisons localement tout en favorisant des produits importés, elle irait à rebours des objectifs de valorisation des filières locales, de relocalisation de la valeur et de renforcement de notre économie, et conduirait mécaniquement à un report de la consommation vers des alcools importés", pestent les organisations économiques de La Réunion.
"La filière du rhum de La Réunion est exclusivement composée de TPE et de PME, qui ne disposent pas de la capacité financière pour absorber un choc fiscal d’une telle ampleur sans mettre en péril les outils de production et les emplois associés."
- L'amendement Fouassin retoqué par la commission des finances -
Le jeudi 8 janvier 2026, la commission des finances a donné un avis favorable à la demande de suppression de l'amendement de Stéphane Fouassin visant à instaurer une nouvelle taxe sur les alcools forts produits à La Réunion.
La demande de rejet a été déposée par un député socialiste de l'Eure, à demande de la présidente de Région, Huguette Bello. "Je l'ai déposé après avoir eu des contacts avec les élus de La Réunion, le conseil régional, la présidente Huguette Bello qui s'offusque de cette disposition adoptée par le Sénat et qui vise à augmenter de 8 euros le prix de la bouteille de rhum à La Réunion au simple motif qu'il faille renflouer les finances du Département, tenu par une majorité proche de la majorité sénatoriale." Écoutez.
Un député de l’Eure « à la demande d’Huguette Bello » fait passer un amendement supprimant le texte du Dr Fouassin pour fiscaliser davantage les spiritueux locaux. Une présidente de Région à nouveau en service commandé des Barons du rhum contre la santé publique à La Réunion. pic.twitter.com/70gl4nxbnG
— David MÉTÉ (@DavidMETE974) January 9, 2026
Le Département "condamne l’amendement adopté en Commission des finances. "À La Réunion, les acteurs associatifs, notamment ceux qui sont engagés dans la prévention et la lutte contre l’alcoolisme soutiennent très majoritairement la majoration de la taxation des alcools forts. C’est notamment le cas de la Fédération Régionale d’Addictologie de La Réunion (FRAR), présidée par le Dr David Mété, qui alerte depuis de nombreuses années sur les conséquences sanitaires et sociales d’une consommation excessive d’alcools forts, favorisée par des prix parmi les plus bas de France", précise la collectivité.
Le Département de La Réunion assume son soutien à l’amendement, qu’il présente comme un levier de santé publique et appelle les députés réunionnais à la "responsabilité" et à ne pas "barrer la route" à cet amendement.
Dans un courrier publié ce vendredi soir, le Medef Réunion, l’ADIR, le CPME Réunion et le Syndicat du sucre viennent apporter leur soutien à la filière.
La décision finale sur cet amendement sera prise prochainement dans l'Hémicycle.
Lire aussi - Taxes sur les alcools forts : derrière la polémique, un véritable fléau à combattre
- 250 décès directs et 450 indirects à cause de l'alcool chaque année à La Réunion -
Ce débat intervient alors que l'alcoolisme à La Réunion tue en moyenne 250 personnes chaque année. "On estime à 250 le nombre de décès par an liés directement à l’alcool (cause directe) et plus de 450 décès au moins en partie imputables à l’alcool", indiquait l'Agence régionale de santé (ARS) en juin dernier.
Si le département est derrière l'Hexagone en termes de consommation quotidienne d'alcool, 10 % des buveurs consomment 69 % des quantités d’alcool bues à La Réunion. Les gros buveurs peuvent consommer jusqu'à 16 verres par jour, soit trois litres d'alcool fort. Soit une moyenne de 112 verres par semaine.
D'après une enquête d'Alcoolisation Chronique Massive à La Réunion (ACMA974), l'alcool le plus consommé reste par ailleurs le rhum et ses dérivés pour 47% des personnes.
• Pour les personnes ayant une forte dépendance à l’alcool, il est conseillé d’en parler à son médecin et d’aller consulter des professionnels spécialisés en addictologie : CSAPA (centre de soins ambulatoires en addictologie) ou services d’addictologie des établissements de santé.
La direction d'Addictions France Réunion accueille les personnes sur son centre de prévention et de formation sur les addictions, ainsi que sur ses centres de soins en addictologie repartis sur l’ensemble de l’île. Toute personne peut se faire accompagner de manière anonyme et totalement gratuite. Renseignements à la direction d’Addictions France au : 02 62 30 22 93 ou sur le site de l’association nationale : https://addictions-france.org/
Pour faire le point sur sa consommation d’alcool, s’informer ou être aidé, RDV sur le site "Alcool-info-service".
Lire aussi - Alcool : la consommation diminue chez les jeunes, mais "les efforts doivent continuer"
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Tout se sait .... un jour
Whisky ?
Champagne ?
Mete alé tire un feuille.
Marre de Melchior, un élu inutile et un béni oui oui.