Ce lundi 5 octobre 2026, un nouvel appel à la mobilisation a été lancé dans plusieurs lycées de La Réunion. Trop d'heures de cours, des bâtis insalubres… Des blocages sont annoncés très tôt devant les établissements scolaires pour dénoncer les conditions de travail des lycéens. Un acte 3 nécessaire, faute de mesures concrètes par le ministre de l'Éducation. Ce dernier a par ailleurs annoncé d'ores et déjà la suppression de postes à la rentrée prochaine. De quoi alimenter la colère des élèves et des syndicats. À La Réunion, le rectorat demande à l'ensemble des établissements scolaires d'annuler les sorties prévues ce lundi 5 et mardi 6 octobre 2026, par mesure de sécurité (Photo d'illustration : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
À La Réunion, plusieurs établissements ont fait part de leur intention de se mobiliser, à l'image du lycée Georges Brassens à Saint-Denis pour un "meilleur avenir, des moyens, du respect et une école pour tous".
Au lycée Roland-Garros, au Tampon, l'appel est également reconduit.
À Saint-Pierre, c'est même au collège de la Ligne des Bambous qu'un appel est lancé. Dans un mail aux parents, le principal les invite à échanger avec leurs enfants sur "l'importance du respect des personnes, du matériel et des règles de sécurité.
À Saint-Joseph, un arrêté préfectoral interdit les rassemblements, manifestations ou cortèges aux abords des lycées professionnels agricole Angélo Lauret.
Par crainte d'un impact indirect sur les écoles, le rectorat demande aux établissements scolaires d'annuler ou de reporter l'ensemble des sorties prévues ce jour, lundi 5 et également ce mardi 6 octobre 2026 : "Dans le contexte actuel, les élèves doivent, pendant le temps scolaire, demeurer dans l'enceinte de leur établissement" peut-on lire dans ce message de prévention.
"Notre objectif reste clair : Protéger les personnes, prévenir les incidents et préserver autant que possible la continuité et la sérénité du service public d'éducation."
- Des professeurs absents et des bâtis inadaptés aux origines de la colère -
À l'origine de ce mouvement, des élèves soucieux de faire entendre leurs revendications. Ils dénoncent des emplois du temps trop chargés, tout comme leurs classes, des conditions de travail difficiles et des établissements insalubres. Un sujet qui ne date pas d'hier à La Réunion et qui avait d'ailleurs déjà fait l'objet de mobilisations devant des collèges.
Beaucoup d'établissements restent insuffisamment adaptés au climat réunionnais : manque d'isolation thermique, absence de brasseurs d'air dans certaines salles, cours bétonnées créant des îlots de chaleur, végétalisation insuffisante, équipements vieillissants, préfabriqués et parfois absence d'espaces de repli lors des épisodes de fortes chaleurs.
Contacté, le rectorat de La Réunion avait souhaité rappeler à Imaz Press qu"il n’y a rien d’inédit dans le fait que sur un territoire tropical, la période de l’été austral connaisse des températures élevées".
Le rectorat assure lui, "être dans une démarche d'écoute et de dialogue avec les élèves mais aussi d'explication pour qu'ils comprennent la règlementation en vigueur".
Il assure travailler "en bonne intelligence avec la Région concernant le bâti".
En ce début de semaine, le rectorat devrait dialoguer avec les représentants des parents d'élèves, comme annoncé ce vendredi.
- Le ministre veut "accélérer le remplacement des professeurs", tout en supprimant des postes -
Après avoir rencontré les organisations d'élèves ce vendredi 2 octobre, Édouard Geffray a annoncé le lancement prochain d'un "plan d'action" pour "accélérer le remplacement" des professeurs notamment dans les classes de première et terminale.
Il a également prévu, concernant les rythmes scolaires, d'engager "un travail de fond", tout en reconnaissant qu'il ne serait "pas en mesure de prendre une décision pour la rentrée 2027".
Dans un autre temps, le ministère a également annoncé la suppression de 1.588 postes d'enseignants à la rentrée 2027 dont 836 dans le second degré. Un choix assumé face à une baisse d'élèves attendus (180.000 élèves en moins).
Pour rappel, Monsieur le ministre, à La Réunion, 86 postes ont été supprimés dans l'Académie à la rentrée d'août. Dans le second degré, les suppressions de postes se sont traduites déjà par des classes surchargées, avec parfois plus de 30 élèves par classe en collège.
De quoi donner envie aux lycéens de ne pas céder et de se mobiliser. L'Union syndicale lycéenne (USL) appelle "à continuer la mobilisation (...) et à rejoindre le mouvement mardi", journée de grande manifestation nationale.
- À La Réunion, plusieurs mineurs poursuivis pour violences en marge des manifestants -
Lors des manifestations de ce vendredi, 28 personnes ont été interpellées dont 26 mineurs et deux majeurs, en raison de plusieurs infractions : jets de projectiles, incendies de mobilier urbain, dégradations de véhicules et de bus dans les communes de Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-Joseph, Saint-Paul, Le Tampon, Sainte-Marie, et Sainte-Suzanne.
À Saint-Pierre, le mouvement aux abords du lycée François de Mahy a pris une toute autre ampleur avec la présence d’individus extérieurs à l’établissement et au mouvement lycéen, donnant lieu à des incidents qui dépassent le cadre de la mobilisation initiale et pour lesquels la police nationale est intervenue.
Au cours de ces manifestations, cinq policiers et un gendarme ont été blessés.
- La mobilisation des élèves soutenue à La Réunion -
Dans un communiqué envoyé à la presse, le PLR estime qu'il faut "entendre la colère des lycéens".
"Depuis plusieurs jours, des jeunes se mobilisent pour réclamer ce qui devrait être une évidence dans notre République : pouvoir étudier dignement, dans des établissements correctement dotés, avec suffisamment d’enseignantes et d’enseignants, des personnels en nombre suffisant et des classes qui ne soient pas surchargées."
Le PLR poursuit, "à ces revendications légitimes, la réponse ne peut pas être celle de la répression" et dit "son indignation de voir des jeunes Réunionnaises et Réunionnais menottés alors qu’ils se mobilisent pour défendre leur avenir".
Le PCR appelle lui "à la plus large concertation pour rechercher dans le dialogue une réponse consensuelle aux revendications".
"La jeunesse réunionnaise est particulièrement touchée par la pauvreté, face à l’impossibilité d’avoir un travail correctement rémunéré dans son pays. Dans ces conditions, travailler pour réussir scolairement reste un des rares moyens d’échapper au choix de vivre dans la misère à La Réunion ou d’émigrer en France", dit le PCR.
- 1.747 interpellations pour la seule journée de vendredi dans l'Hexagone -
Dans l'Hexagone, il y a eu 1.747 interpellations pour la seule journée de vendredi, plus de 5.000 depuis lundi, en lien avec les blocages de lycées, a indiqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Les forces de l'ordre "ne répriment pas la jeunesse" mais "protègent" élèves et étudiants désireux de "porter pacifiquement leurs revendications", a assuré dimanche le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, réfutant toute intervention "disproportionnée".
À La Ciotat (Bouches-du-Rhône) notamment, "un enseignant a été aspergé d’essence volontairement, puis agressé physiquement par deux individus" vendredi, selon les autorités.
À Marseille, le mineur de 15 ans interpellé après qu’une femme a été brûlée au visage par un lance-flamme artisanal en marge des blocus lycéens va être déféré en vue de sa mise en examen.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a par ailleurs demandé aux procureurs d'engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts provoqués par leurs enfants afin de leur faire "payer les réparations".
Ce lundi, les cours seront "totalement ou partiellement" suspendus dans "400 à 500" lycées où les conditions de sécurité "ne sont pas réunies" et 24 établissements scolaires ont été "incendiés ou saccagés" en marge du mouvement lycéen.
À sept mois de la présidentielle, dans un climat social et politique électrique, cette mobilisation est plus que sensible.
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]
